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Vue de Tower Bridge à Londres
Delphine Gosset
Auteur 
Catherine Tondu

Le Brexit en stand by

Le 23 juin 2016, les Britanniques exprimaient par référendum leur souhait de voir sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne. Un vœu exprimé à 51,9 % des suffrages, derrière lequel se profilent disparités, dissensions et enjeux politiques. Un vote préfigurant un avenir aussi improbable que le oui était prévisible aux yeux des spécialistes.

C’est une première dans l’histoire de la construction européenne : la sortie d’un membre de l’Union, qui n’est d’ailleurs envisagée dans les textes officiels que depuis le traité de Lisbonne de 2009. Hormis le cas particulier du Groenland en 1982, une première donc, et peut-être une brèche donnant l’exemple à d’autres. « Tous les pays ne considèrent pas la construction européenne de la même façon. Le Royaume-Uni était clairement motivé par des considérations économiques », rappelle Agnès Alexandre-Collier, enseignante-chercheure en civilisation britannique à l’université de Bourgogne, et invitée de la conférence sur le Brexit organisée par le Centre de recherches juridiques de Franche-Comté (CRJFC) en septembre dernier à Besançon.

Dès le début de son adhésion en 1973, l’histoire est houleuse entre le Royaume-Uni et l’Europe. Elle se solde par un divorce retentissant, mais mal préparé, qui met les Britanniques comme les Européens dans l’embarras. La demande de retrait au titre de l’article 50 du traité sur l’Union européenne n’a pas encore été déposée auprès des instances européennes. Le gouvernement de Theresa May l’annonce pour mars prochain. C’est à partir de là que les modalités de retrait vont pouvoir être discutées et votées. « Tant que le Brexit n’est pas formellement engagé, la situation est au point mort, le Royaume-Uni toujours officiellement dans l’Union européenne et les perspectives d’avenir hypothétiques », explique Coralie Mayeur Carpentier, enseignante-chercheure en droit public à l’université de Franche-Comté, et spécialiste en droit de l’Union. Comment négocier la ligne budgétaire qui doit prochainement être discutée pour les cinq ans à venir ? Quelles contributions en matière de défense dans les actions soutenues par le Royaume-Uni ? Laissera-t-on les responsables britanniques en place dans les institutions européennes ? Autant de questions pour l’instant sans réponses…

Le Royaume-Uni en mal d’identité

Le Brexit ravive par ailleurs une crise identitaire interne au Royaume-Uni. L’Écosse et l’Irlande du Nord se sont prononcées en faveur du maintien dans l’Union européenne, avec respectivement 62 % et 55,8 % des voix. L’Écosse pourrait relancer le débat sur son indépendance, à laquelle elle avait renoncé lors du référendum de 2014, et organiser une nouvelle consultation populaire. « Le parti nationaliste écossais est très pro-européen, l’opinion publique également. Le Brexit pourrait apporter de l’eau au moulin des indépendantistes », estime Mathieu Petithomme, enseignant-chercheur en sciences politiques à l’université de Franche-Comté. Même tentation du côté de l’Irlande et des partisans de la réunification, qui pourraient inciter les six états d’Ulster au Nord à rompre avec la couronne pour former une nation irlandaise, pro-européenne.

Agnès Alexandre-Collier voit, elle, l’euroscepticisme grandir, où plutôt s’afficher sans complexe chez les conservateurs anglais. « Le sujet était tabou il y a encore vingt ans : il n’était pas de bon ton d’attaquer une idée si noble. » Les fortes oppositions des années 1990 marquent un tournant, que la crise de 2008 accentue : le référendum de 2016 puise sans doute là ses origines. La consultation est cependant très controversée ; elle s’explique, selon Mathieu Petithomme, par le manque de cohérence du discours des partis politiques, divisés sur la question, qui se conjugue à une opinion publique critique vis-à-vis de l’Union. « Critique aussi de l’action du gouvernement Cameron, qui paie là la dureté de sa politique d’austérité. »

Les référendums ne sont cependant pas toujours hostiles à la construction européenne. Enseignant-chercheur en droit public et directeur du CRJFC, Christophe Geslot observe que sur l’ensemble des référendums organisés, « le oui l’emporte en général lorsqu’il s’agit de se prononcer sur l’appartenance d’un pays à l’Union européenne, un peu moins nettement dans le cas de ratification de traités réalisant des transferts de compétences ou d’adhésion à une politique européenne ».

C’est plutôt du côté des sondages et de la désaffection aux élections européennes qu’il faut chercher les manifestations d’un euroscepticisme dans tout le bloc européen. « Si le Brexit représente un événement sans équivalent et génère à court terme une situation politique peu propice à une avancée substantielle de la construction européenne, il signifie aussi, pour l’avenir, le départ d’un État hostile à l’Europe politique... »

Article paru dans le numéro 267 de novembre-décembre du journal en Direct.

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