Station de pompage de Chailluz-Thise.
Ludovic Godard - UFC
Auteur 
Delphine Gosset

Propres, mais pas sans risques

L’installation de dispositifs d’exploitation d’énergies renouvelables à proximité des zones de captage d’eau potable pose des problèmes de pollution.

L’eau que nous consommons est extraite de zones de captages qui font l’objet d’une protection et d’une réglementation particulière1. Le terrain entourant le captage doit être clos et interdit d’accès, c’est ce qu’on appelle le périmètre de protection immédiate. Aucune activité n’y est autorisée, pour éviter tout risque de contamination des eaux souterraines. Ces zones de terrain inexploitées et coûteuses en entretien suscitent la convoitise, d’où l’idée de les rentabiliser en y installant des systèmes de production d’énergies propres.

« Qui dit énergie propre ne dit pas forcément mode de production propre ! » signale Jacques Mudry,  hydrogéologue à l’université de Franche-Comté et expert auprès de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES). Au sein d’un comité impliquant également des médecins, des vétérinaires, des microbiologistes et des juristes, il a contribué à l’évaluation des risques sanitaires liés à l’implantation d’installations énergétiques à proximité des zones de captage d’eaux de consommation. Trois modes de production d’énergies renouvelables ont été examinés : l’éolien, le photovoltaïque et la géothermie. Les experts ont auditionné des industriels pour mieux connaître les procédés qu’ils utilisent et les risques subséquents. Les choses s’avèrent complexes. « Un système géothermique qui puise et rejette de l’eau dans l’environnement est beaucoup plus polluant que celui qui fonctionne en circuit fermé. Cependant, même avec ce dernier, les produits antigel injectés dans le circuit posent problème en cas de fuite », explique Jacques Mudry.

Dès la phase de travaux préalable à l’installation de ces dispositifs, les polluants potentiels ne manquent pas : produits retardateurs de la prise du béton, huiles, hydrocarbures… Les travaux eux-mêmes risquent de modifier les conditions d’infiltration des eaux souterraines.

Une fois le système en place, des sécurités doivent être instaurées : les huiles qui servent à graisser les rotors des éoliennes doivent être stockées dans un endroit protégé. Sous des panneaux solaires il faut contrôler le développement de la végétation, mais sans herbicides… En cas d’incendie, les pompiers ne peuvent pas intervenir en raison du risque électrique et la combustion des panneaux risque de répandre du tellurure de cadmium dans l’environnement. Sans compter le facteur humain : « Les professionnels de l’énergie, qui méconnaissent les risques spécifiques aux captages, ne prendront pas forcément les précautions nécessaires », ajoute Jacques Mudry.

Toutes ces installations ont une durée de vie d’une trentaine d’années. Quand on les démantèle, ce n’est jamais complètement. Dans le cas des éoliennes, une partie de ce qui est enterré, les câbles notamment, reste en place et on ignore comment vont vieillir ces pièces de plastique et de métal. Au final, le rapport d’expertise collective rendu à l’ANSES en août 2011 proscrit l’implantation de ces trois dispositifs d’exploitation d’énergies renouvelables dans le périmètre de protection immédiate des zones de captage. Il autorise en revanche certains d’entre eux, sous des conditions bien précises, dans le périmètre de protection rapproché. Ce périmètre correspond généralement à une zone où les eaux s’écoulent vers le captage en moins d’une cinquantaine de jours, ce qui laisse le temps d’agir en cas de pollution.

1. Article L.1321-2 et R.1321-13 du code de la santé publique, loi sur l’eau et les milieux aquatiques du 30  décembre 2006, directive cadre européenne sur l’eau d’octobre 2000.

Article publié dans le magazine tout l'Ufc numéro 149 de janvier-février-mars 2012.

Contact

Jacques Mudry
mudry.jacques@gmail.com

Laboratoire Chrono-environnement
http://chrono-environnement.univ-fcomte.fr

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