Le sport comme outil de médiation et d’intégration
IUT de Belfort-Montbéliard

Le sport comme outil de médiation et d’intégration

Après avoir obtenu un bac ES au lycée Xavier Marmier à Pontarlier en 2013, Mickaël Fortier a préparé un DUT Carrières sociales option Animation sociale et socio-culturelle à l’IUT de Belfort-Montbéliard, puis une licence professionnelle dans le même domaine. Il est aujourd’hui chargé de projet au Comité départemental handisport du Territoire de Belfort et intervenant à l’IUT. Retour aux sources et rencontre.

Quand avez-vous commencé le bénévolat dans le handisport ?

Parallèlement à ma 2e année de DUT Carrières sociales, j’ai commencé le bénévolat au handibasket avec l’association SINAPS. C’est là que j’ai fait mes premiers pas dans la branche dans laquelle je travaille aujourd’hui et c’est là que Yannick Calley, intervenant à l’IUT et chargé de mission au Comité départemental handisport (CDH) du Territoire de Belfort, m’a proposé un stage de huit semaines. J’en cherchais justement un dans le secteur du handicap car c’est un domaine face auquel j’avais une certaine appréhension et je voulais la dépasser.

Après le DUT, le CDH m’a proposé une mission en service civique. La même année, j’ai préparé une licence professionnelle Animation sociale et socio-culturelle, fonction de coordination1, toujours à l’IUT de Belfort-Montbéliard. Après mon diplôme, j’ai été pris en contrat d’avenir au CDH pour deux ans.

Je m’investis toujours beaucoup dans l’association SINAPS, dont je suis maintenant le trésorier. Je suis également pompier volontaire à Belfort et je donne des cours en tant que vacataire à l’IUT depuis la rentrée de septembre 2017 : là, j’ai en charge un projet tuteuré sur le sport et le handicap. J’interviens aussi dans le développement du module d’enseignement libre (MEL) « bénévolat étudiant ».

Que voulez-vous dire par « appréhension » ?

Je pense que notre société nous éduque à avoir une certaine appréhension par rapport aux personnes en situation de handicap : on nous apprend depuis l’enfance qu’elles sont différentes, et comme l’être humain a naturellement peur de l’inconnu, ces deux choses ajoutées l’une à l’autre font que la plupart des gens ont une gêne vis-à-vis du handicap. Il faut bien sûr être vigilant, mais également faire attention à ne pas trop l’être ! Il faut tenir compte des aspects physiologiques liés au handicap, mais les personnes concernées veulent être traitées comme les autres, elles ne veulent pas qu’on éprouve de pitié, mais qu’on rie avec elles, qu’on se dispute comme avec n’importe qui.

Vous vous êtes donc fixé comme mission d’aider le public à voir le handicap autrement ?

Oui, c’est un peu mon cheval de bataille dans les actions de sensibilisation. J’ai été comme ça, j’ai connu cette appréhension, voire une certaine tristesse par rapport aux difficultés que ces personnes peuvent connaître dans leur vie, mais ce n’est pas gérable et ce n’est pas constructif. C’est pendant mon stage que j’ai très vite dompté ce sentiment : j’éprouvais toujours un immense respect pour leur courage mais dans un rapport d’égalité. Et comme j’ai eu cette « révélation », j’aime essayer de la partager avec d’autres personnes, que ce soit dans les actions de sensibilisation ou dans les discussions. Il est urgent de prendre conscience que la différence, le handicap, ne sont pas la caractéristique première d’une personne.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler en particulier dans le domaine du handisport ?

J’aimais bien le basket et j’avais envie de travailler avec des personnes en situation de handicap ; j’ai donc tout de suite accepté l’opportunité de découvrir le basket-fauteuil. Puis, quand j’ai effectué mon stage au CDH, j’ai appris les mécanismes de la structure et j’ai vraiment saisi le sens de ces missions : le sport comme outil de médiation et d’intégration, l’intégration comme outil de bien-être pour tous, notamment pour les personnes en situation de handicap. Cela a pris tout son sens pour moi et j’ai décidé de travailler dans ce domaine. J’ai également la chance de pouvoir construire des projets du début à la fin, donc de travailler dans un bureau mais aussi sur le terrain.

Pourriez-vous donner des exemples d’actions de sensibilisation ?

Nous avons par exemple mis en place pour le Centre des jeunes dirigeants d’entreprises (CJD) de Belfort-Montbéliard-Héricourt une journée de sensibilisation à la pratique du handisport pour que ces jeunes directeurs puissent découvrir le handicap au-delà de l’appréhension qu’ils peuvent en avoir et dans le milieu du sport. Il y avait cinq ateliers : initiation à la langue des signes française (LSF), tir à la carabine laser sonore, parcours de rapidité en fauteuil, guide de personne malvoyante ou aveugle, et handibasket. L’objectif était de montrer que le handicap n’est pas une fatalité mais une situation : l’adaptation des règles et du matériel font que le sport est un très bon moyen d’agir sur cette situation de handicap.

Autre exemple, je suis intervenu avec l’Association des paralysés de France (APF) lors d'une conférence chez Faurecia. Nous intervenons aussi dans les collèges pour les accompagner dans l’organisation de journées handibasket ou d’activités telles que le tour du lac du Malsaucy en joelette. On développe de plus en plus d’activités avec les centres culturels et nous intervenons aussi auprès des familles et chez les particuliers. Ces actions de sensibilisation concernent tout le monde. Nous sommes très sollicités. La notion de handicap gagne en attention et en considération, le rapport qu’on peut avoir au handicap également, tant en entreprise que dans le milieu éducatif. Il y a bien sûr encore beaucoup de travail à faire mais c’est une question qui se développe beaucoup.

Vous avez été étudiant à l’IUT et vous y êtes maintenant intervenant professionnel. Quels sont vos rapports avec les étudiants actuels et vos anciens profs, aujourd’hui collègues ?

Comme ça s’est passé très vite, c’est un peu comme si je n’avais pas quitté les lieux. L’ambiance du département Carrières sociales repose sur une certaine bienveillance et une proximité entre enseignants et étudiants, alors les liens se créent dès le début des études avec les enseignants. J’ai été très bien accueilli en tant que collègue, parfois même avec un peu d’humour.

Comment envisagez-vous votre avenir professionnel dans le domaine du social ? Est-ce toujours un secteur porteur d’emplois ?

Après le DUT CS et la LP ASS-C, il y a une grande diversité de métiers possibles. Notre société est très axée sur le développement du secteur tertiaire et en particulier du social ; la bienveillance vis-à-vis du handicap et du handisport se développe beaucoup aussi. Le paradoxe réside dans le fait que tout le monde est favorable à cette tendance, mais la mise en œuvre est parfois compliquée. On compte beaucoup sur le bénévolat mais le bénévolat aussi est limité. Je cherche des organismes qui me missionneraient sur des projets particuliers, mais je n’exclus pas de partir à l’étranger dans le domaine humanitaire, si possible dans le domaine du handicap et du handisport en particulier, par exemple en Australie.

  1. Actuellement, la licence professionnelle s’intitule Intervention sociale et comporte deux parcours, dont celui en Animation sociale et socioculturelle fonction de coordination de projets (ASS).

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