Auteur 
Cécile Pollart

Comment enseigner le français aux migrants ?

Donner des cours de français à des adultes étrangers qui ne parlent pas la langue et qui, pour certains, ne sont jamais allés à l'école, ça ne s'improvise pas. Cet été, le Centre de linguistique appliquée proposait justement une formation sur l'enseignement du français langue d'intégration (FLI), qui a été suivie par une trentaine de professeurs et de bénévoles d'associations. Reportage de Radio Campus…

Des professionnels en formation au CLA
Cécile Pollart
Radio Campus

« C’est très dur de faire un "a" minuscule pour la première fois de sa vie quand on n’a jamais tenu un stylo », lance Claire Verdier à ses élèves. Directrice du Centre d'études, de formation et d'insertion par la langue (CEFIL), elle fait partie des professionnels qui animent la formation de formateurs en français langue d’intégration au CLA. « On est une société de l’écrit (…) Or pour de nombreuses personnes, c’est très compliqué d’intégrer le fait que parler est une première étape, mais que l’écriture sera, à un moment, nécessaire », ajoute-t-elle.

L’entrée dans le monde de l’écrit à l’âge adulte est l’un des modules de la formation. Claire Verdier tient à confronter les formateurs aux idées reçues sur la manière dont on apprend à écrire : « Je veux leur éviter de replonger dans de faux souvenirs de ce qu’ont été leur scolarisation et leur apprentissage de l’écriture. » Et il n’est pas question d’enseigner la lecture à des adultes étrangers qui ne sont jamais allés à l’école de la même façon qu’à un enfant de CP. « Les manuels scolaires sont faits pour des enfants scolarisés en France et dont le français est la langue maternelle », souligne-t-elle. Des enfants qui maîtrisent la langue orale et qui, dans l'ensemble, prononcent correctement les sons. Pour apprendre à lire, ils n’ont pas de difficulté à faire les liens entre les sons et les lettres permettant de transcrire ces sons. Liens que les adultes ne peuvent pas faire d’emblée.

Parmi les inscrits à cette formation, certains sont venus réfléchir sur leurs méthodes d’enseignement, comme Patricia, qui donne des cours à des réfugiés. Dans sa salle de classe, elle est face à un public d’origines et de niveaux scolaires différents. Une diversité qu’il faut obligatoirement prendre en compte. « Ce qui est très compliqué, c’est de s’adapter à chacun », explique-t-elle. Fournir un accompagnement aux formateurs, c’est bien l’objectif de Claire Verdier et des autres intervenants. « Quand on sort d’un master FLE et qu’on arrive pour la première fois de sa vie face à un groupe de personnes non-scolarisées, le choc est violent. »

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Centre de linguistique appliquée - CLA

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