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Grégorio Crini et son équipe
Juliette Fumey
Auteur 
Juliette Fumey

Le chanvre se fait une place au SOLEIL

Grégorio Crini, polymériste environnemental à Chrono-environnement et son équipe du projet FINEAU travaillent sur le traitement des eaux par le chanvre. Ils viennent de remporter un appel à projet qui leur permet d’obtenir un temps de faisceau à SOLEIL, acronyme de source optimisée de lumière d’énergie intermédiaire. Cet accélérateur de particules produit le rayonnement synchrotron, une lumière extrêmement brillante qui permet d’explorer toute matière inerte ou vivante. Une avancée importante et une belle reconnaissance de la qualité scientifique de ce projet pluridisciplinaire, industriel et européen.

La nouvelle a mis en lumière l’équipe du projet FINEAU (fibres naturelles pour le traitement des eaux) financé par la Région et des industriels. Elle vient de remporter un appel à projet du centre synchrotron SOLEIL. Coordonné par Grégorio Crini, le réseau réunit des chercheurs de Chrono-environnement, FEMTO et INRAe de Nantes. Ils sont les seuls en France à travailler sur le traitement de l’eau par le chanvre. Et ce projet a plu au comité de programme de SOLEIL puisque l’équipe s’est vue attribuer du temps de faisceau dans ce centre d’excellence français de rayonnement synchrotron. Son accélérateur de particules, équipement de très haute technologie, produit une source de lumière tellement puissante qu’elle est capable d’explorer toute matière. « C’est une opportunité incroyable parce que ça coûte extrêmement cher, on n’aurait pas eu les moyens d’utiliser SOLEIL sans cet appel à projet » se félicite Grégorio Crini, fier de son équipe et de son consortium régional, national et européen.

SOLEIL leur a accordé au total 152 heures de faisceau. Les chercheurs pourront utiliser deux lignes de lumière (PUMA et ANATOMIX) et réaliser des mesures de nanotomographie et micro-fluorescence aux rayons sur des particules de chanvre. À la rentrée prochaine, l’équipe de Grégorio Crini va se rendre plusieurs jours à SOLEIL, à Saint-Aubin dans l’Essonne. L’objectif est d’établir une cartographie 3D de la localisation spatiale des métaux complexés par du chanvre et de déterminer l’état d’oxydation de ces éléments. « Grâce à ces équipements, on va par exemple voir où se situent certains métaux, comment ils interagissent, et voir comment on peut mieux les éliminer » explique Grégorio Crini. Cet approfondissement va permettre à l’équipe du projet FINEAU, soutenu par la Région Bourgogne Franche-Comté, d’y voir plus clair sur la fibre de chanvre et ses propriétés dans le traitement de l’eau.

Une application concrète auprès des industriels de la région

Arrivé en 1997 à Besançon en provenance du Nord, Grégorio Crini travaille à Chrono-environnement, Unité Mixte de Recherche sous la tutelle de l’université de Franche-Comté et du CNRS, sur les capacités du chanvre à éliminer les pesticides, les fluorures, les terres rares et les métaux des eaux. Seules trois équipes européennes travaillent sur cette thématique : une roumaine, une serbe et la sienne. Avec l’aide de la doctorante Chiara Mongioví et du post-doctorant italien Dario Lacalamita, financés par la Région, Grégorio Crini réalise des tests à l’échelle du laboratoire et les transfèrent à l’échelle industrielle grâce à des contrats avec des entreprises locales intéressées par cette technologie innovante. « Quand on sait qu’un petit industriel rejette 100 à 120 mètres cubes d’eau par jour, et même par heure pour les gros industriels, on se dit qu’il y a un grand champ à exploiter, assure Chiara Mongioví. Là, c’est gagnant-gagnant. Les entreprises y gagnent, la rivière aussi et ainsi que l’université puisque les industriels embauchent et proposent des stages aux étudiants et doctorants » souligne Grégorio Crini.

Devancer chimiquement pour avancer écologiquement

Le chanvre, fourni par une coopérative agricole d’Arc-lès-Gray, est utilisé sous forme de feutrine, qu’il faut modifier chimiquement par des sites actifs d’origine naturelle en respectant les principes de la chimie verte, pour s’adapter aux types d’eaux usées. « Devancer chimiquement pour avancer écologiquement ». Telle est la devise de l’équipe bisontine. Cette feutrine est ensuite utilisée comme filtre pour traiter des métaux toxiques présents dans les eaux industrielles. « Le rejet zéro ça existe, mais ça coûte extrêmement cher, c’est inabordable pour les petites entreprises. Le traitement a posteriori est nécessaire, et le chanvre permet ça mais de manière naturelle, viable et efficace » ajoute le chercheur. D’ailleurs le chanvre est également efficace pour récupérer des métaux nobles, mais sur ce point le secret est de mise pour l’instant.

En plus d’être un très bon outil écologique, le chanvre peut être produit partout et pour tout. Tout est valorisable dans le chanvre. Aujourd’hui, plus de 25 000 produits sont à base de chanvre, de la bière aux huiles, en passant par la farine, le chocolat, les rouges-à-lèvres, les textiles, les papiers, les composites pour la  construction, l’automobile ou la plasturgie. La France en est le 1er producteur européen, et la Bourgogne Franche-Comté est la deuxième région productrice de chanvre en France, loin derrière la Chine et les pays d’Amérique du Nord.

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Laboratoire Chrono-environnement

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