Deux étudiants devant une machine à encapsuler
Ludovic Godard - UFC
Auteur 
Delphine Gosset

Des pros de la production agroalimentaire

Le master SAPIAA forme depuis 20 ans des cadres polyvalents pour l'industrie agroalimentaire. À l'issue de ce cursus en apprentissage, l'emploi est garanti.

Les systèmes automatisés et robotisés sont couramment utilisés pour la production de nourriture à l’échelle industrielle. À l’UFR Sciences et techniques, le master Systèmes automatisés de production dans les industries agro-alimentaires1, connu sous l’acronyme SAPIAA, forme en alternance de futurs professionnels avec une double compétence en sciences de l’aliment et en sciences pour l’ingénieur. Les contenus des cours se partagent à parts égales entre ces deux domaines. Microbiologie, biochimie, chimie, automatique, robotique, mécanique, matériaux, capteurs, management, gestion de production, qualité… Les étudiants touchent à de nombreuses disciplines. Ce sont des enseignants des écoles d’industrie laitière de la région2 qui se chargent de la partie agroalimentaire, tandis que l'université assure le reste de la formation. Celle-ci est complétée par des interventions de professionnels extérieurs et des visites d'entreprises. « Même si ce diplôme est orienté vers l’insertion professionnelle, avec des contenus pratiques, nous exigeons un certain niveau d’abstraction, du raisonnement, de l’analyse, une dimension modélisation, comme dans tout master scientifique », insistent Dominique Gendreau, responsable du master, et Cécile Berriet, responsable pédagogique.

Les bénéfices de l'alternance

Depuis sa création il y a 20 ans, cette formation est ouverte à l'apprentissage. C’était d’ailleurs la première en France à un niveau bac + 4. « L’étendue des savoirs à acquérir étant très vaste, cette formule s’est imposée dès le départ », explique Dominique Gendreau. Pendant 24 mois, les étudiants passent 60 % de leur temps en entreprise3. Cela leur impose un rythme soutenu, la plupart d’entre eux jonglent entre deux logements, et pourtant ils apprécient la formule. « On vit sur la route… mais c’est super ! Il y a des choses sur la vie en entreprise qu’on ne peut pas apprendre à l’école », affirme Léana Bazenet, qui travaille chez Entremont Alliance. « C’est sûr, quand on fait les 3 × 8 et qu’il faut enchaîner sur les cours, c’est fatigant, mais l’apprentissage, c’est juste génial ! » s’enthousiasme Ophélie Mathieu. Apprentie sans interruption depuis l’âge de 14 ans ½, elle a enchaîné CAP, bac pro, BTS agricole, licence pro et master pro, toujours dans ce domaine. Même s’ils n’ont pas tous commencé aussi tôt, beaucoup ont déjà goûté à l’apprentissage avant d’entamer le master SAPIAA.

Timo Sartori est apprenti chez Alpina Savoie : « C’est bien d’obtenir son diplôme en ayant déjà une grosse expérience professionnelle. » Léa Gilbert, qui travaille dans une biscuiterie de Dole (Bouvard Alina), renchérit : « On a tout intérêt à choisir l'apprentissage. On met un pied dans l’entreprise et on acquiert de véritables savoir-faire ». Quant à Guillaume Huck, il exerce dans la grande usine vosgienne de Nestlé Waters : « On doit être capable de communiquer avec des personnes extérieures, avec les différents pôles de l’entreprise, avec la hiérarchie. Ça nous donne de l’assurance. »

Tous interviennent sur des lignes de production où chaque étape est automatisée, depuis l’arrivée des matières premières jusqu’à l’emballage. Comme les produits se vendent relativement peu cher, il faut produire à moindre coût. Tout doit être réfléchi de façon à être optimisé, depuis la mobilisation des équipes techniques jusqu'au nettoyage des machines. Les futurs ingénieurs doivent être capables de poser un diagnostic, de trouver des solutions, de prendre des décisions, d'orienter les équipes de maintenance et de production, mais aussi de réagir en cas de problème. Les étudiants assurent souvent le remplacement de leur maître d’apprentissage pendant les périodes de congés. « Quand on se retrouve à la tête d’une équipe de sept ou huit ouvriers expérimentés alors qu'on est tout jeune, on n'inspire pas forcément confiance. Avec l'apprentissage, les gens nous connaissent, savent qu'on a déjà travaillé et qu'on est des professionnels, c'est plus facile », raconte Léana Bazenet.

Un secteur qui recrute

Ces jeunes formés et opérationnels n’ont aucune peine à trouver du travail : 80 % dès la sortie du master, 100 % dans les deux mois. Ils sont pour moitié embauchés dans l’entreprise où ils ont été formés. « La double compétence industrie agroalimentaire et systèmes de production leur permet de travailler dans quasiment tous les domaines. Ils ont la connaissance à la fois du produit et du process », affirme Cécile Berriet. L’agroalimentaire est un secteur qui recrute. « Actuellement, beaucoup de cadres partent en retraite, explique Dominique Gendreau. La nourriture industrielle n’ayant pas toujours bonne presse, ce secteur n'attire pas forcément les jeunes. Tous ne sont pas non plus disposés à travailler debout toute la journée dans le froid et les odeurs de nourriture. Il y a donc une véritable demande de la part des employeurs. »

Cette formation unique en son genre attire des étudiants venus de toute la France et même de l’étranger. L’ambiance est à l’entraide dans une promotion où chacun vient d'une filière différente. « Ils sont très constructifs dans leur attitude et ne sont pas passifs, remarque Cécile Berriet. Pour autant, ce n'est pas un public complaisant : quand ça ne va pas, ils le disent et ils cherchent des solutions. Ils agissent en professionnels. » Ces étudiants se distinguent par leur maturité, sans doute acquise à travers l'expérience du monde du travail.

Ces deux années intensives offrent aussi un peu d'agrément puisque le cursus s'achève par un voyage à l'étranger. Les étudiants le préparent pendant deux ans, recueillant des fonds et organisant le séjour dans le cadre d'une véritable gestion de projet. Cette année, ils iront à Prague découvrir les charmes de la ville, mais aussi d'autres cultures d'entreprise.

  1. C'est un parcours du master Nutrition et sciences des aliments de l’université de Bourgogne mais qui s'effectue à l'université de Franche-Comté
  2. ENIL de Poligny et de Mamirolle. Les étudiants vont d’ailleurs y suivre quatre semaines de travaux pratiques.
  3. 63 semaines en entreprise et 45 semaines de cours. Au début et à la fin de chacune de ces périodes d’immersion professionnelle, où ils travaillent vraiment, ils débriefent avec le responsable de formation et la responsable pédagogique.

Contact

Dominique Gendreau
Responsable du master SAPIAA
03 81 66 62 53
master.sapiaa@univ-fcomte.fr

Cécile Berriet
responsable pédagogique
cecile.berriet@univ-fcomte.fr

UFR ST - Sciences et techniques

Un étudiant et une étudiante devant une machine d'encapsulage de bocaux
Trois étudiants en travaux pratiques autour d'une machine de production industrielle.
Dominique Gendreau et Cécile Berriet