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L'expo de la mort qui tue Jardin botanique
Nicolas Waltefaugle
Auteur 
Elodie Mereau

L’interview de la mort qui tue : nature (sur)vivante !

Culture, médiation, recherche, les jardins botaniques œuvrent pour faire vivre et préserver la nature sous toutes ses formes. Focus cette semaine sur le Jardin botanique de Besançon.

A l’heure où l’on ne peut plus faire l’impasse sur les problématiques d’environnement, d’écologie et de préservation des espèces, Arnaud Mouly, directeur du Jardin botanique de Besançon, revient sur les missions de cette structure.

Pouvez-vous vous présenter rapidement ?

Arnaud Mouly, je suis enseignant-chercheur à l'Université de Franche-Comté, mon activité de recherche se déroule au Laboratoire Chrono-Environnement (UMR 6249 CNRS-UFC) et mon activité d'enseignement se concentre sur les filières de formation des enseignants du primaire et du secondaire, de formation à la biologie et l'écologie, et de formation végétale en pharmacie. Par ailleurs, j'occupe depuis six années maintenant la direction du Jardin botanique de Besançon (Ville et Université). Je participe à diverses sociétés savantes ou associations, notamment je suis au conseil d'administration de la Société botanique de France.

Quelles sont les missions d'un jardin botanique ?

Les missions d'un Jardin botanique sont diverses et évoluent avec le temps et les besoins de la société. On ne s'y ennuie donc jamais! La mission première est la mise en place de collections botaniques et donc des structures techniques pour les faire pousser. L'objectif n'est pas d'avoir le plus de plantes possible, mais de réunir la quantité et la diversité nécessaires à un dialogue avec nos partenaires et nos visiteurs. Les ambitions sont diverses. Un jardin sert au travers des plantes à l'enseignement, notamment universitaire. En effet, les besoins de connaissances sur la biodiversité et l'environnement sont très importants.
Un jardin botanique doit aussi accompagner et soutenir la recherche. Nous produisons donc des plantes ou des semences qui permettront aux chercheurs de conduire leurs expériences. En lien avec cela, les jardins botaniques contribuent de façon significative à la préservation des plantes menacées de par le monde et éventuellement à des programmes de réimplantation en nature. On a ici un lien fort entre recherche et besoins sociétaux. De plus en plus, un jardin botanique sert à la médiation culturelle et artistique. En effet, dans nos milieux urbains en constant développement, il est important de maintenir le dialogue entre les habitants et la nature. C'est d'ailleurs avant tout une demande exprimée par le public et les scolaires qui nous engagent toujours plus dans cette voie. Au travers du beau, du bon, du parfumé, du coloré, mais aussi de l'intrigant, de l'effrayant, du toxique, on peut distiller la connaissance universitaire à la population qui le réclame. On peut, à  l'inverse, faire parvenir aux chercheurs les attentes et préoccupations des citoyens. Enfin, le Jardin botanique, ce sont des plantes, mais aussi des jardiniers. Beaucoup de personnes sont passionnées de plantes et de jardinage, et le Jardin botanique et son personnel sont une ressource très sollicitée par les botanistes et jardiniers en herbe.

Quels liens développe le jardin botanique avec la recherche et les laboratoires ?

Notre Jardin botanique vient en appui des chercheurs et des laboratoires pour la recherche fondamentale et la recherche appliquée. En prenant connaissance des besoins des chercheurs et de leurs projets, nous pouvons mettre à disposition des plantes vivantes ou nos collections anciennes, notamment notre collection de graines. Selon les besoins, nous cultivons telle ou telle plante, pour l'étude des principes actifs (propriétés médicinales) que le laboratoire de pharmacognosie peut étudier ensuite. Nous pouvons étudier les modalités optimales de germination et de culture des plantes pour faciliter l'expérimentation "reproductible", nécessaire aux chercheurs. Nous pouvons aussi étudier l'influence d'un paramètre environnemental contrôlé en partenariat avec les chercheurs en écologie. Nous fournissons du matériel végétal pour extraire l'ADN et décrypter le génome des plantes et leur évolution, comme nous l'avons fait cette année pour la famille du caféier, avec des chercheurs en informatique de Besançon, des botanistes belges et des chercheurs en évolution de Montpellier. Nous avons aussi des demandes d'assistance pour la comparaison de pollens, graines, fruits ou autre parties végétales, avec des restes fossiles ou anciens auxquels peuvent être confrontés les chercheurs en archéologie et paléo-écologie. Nous effectuons en ce moment un travail avec des chercheurs en philosophie sur le thème des formes de vie et d’intelligence partagées entre plantes et êtres humains.
D'autre part, les résultats de la recherche sont utilisés pour conduire des travaux de conservation de la flore menacée en partenariat avec les conservatoires botaniques et des espaces naturels, ainsi que la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) sur les plans de conservation définis par l'État.

Nous avons entendu parler d'une petite survivante des massifs jurassiens, pouvez-vous nous en dire plus ?

Dans le cadre de nos projets de conservation avec les partenaires précités de Bourgogne-Franche-Comté, nous contribuons activement à un programme de préservation d'une petite plante de tourbière appelée la Saxifrage œil-de-bouc, ou plus poétiquement Saxifrage dorée. Cette plante n'était plus présente avant le projet que dans une seule tourbière du plateau jurassien, dans le Doubs. Ceci constituait la dernière station de France, et le nombre de pieds chutait drastiquement, de 350 à 100 ces derniers temps. Bref, une extinction locale programmée, d'une plante très rare globalement sous nos latitudes ! Dans ce projet de conservation, nous avons passé près de cinq années à effectuer des tests de germination et de culture sur des échantillons suisses afin de trouver les paramètres optimaux et ne pas gâcher les quelques graines françaises produites chaque année. Maintenant que cela est fait, nous produisons pour le compte de la DREAL et du Conservatoire botanique national de Franche-Comté un millier de pieds par an. Depuis les graines françaises pour renforcer la dernière population et depuis les graines suisses assez proches des françaises, afin de réintroduire l'espèce sur des tourbières où la plante avait disparu au siècle dernier ou récemment en raison de l'action de notre espèce. Les opérations de renforcement et de réintroduction fonctionnent relativement bien, même si les sécheresses de ces deux dernières années ne nous aident pas dans ce projet de sauvegarde. En tout cas, il était moins une avant que la grande faucheuse ne passe définitivement sa lame sur cette dernière population française de Saxifrage dorée...

Merci beaucoup, le mot de la fin ?

Notre Jardin botanique, comme vous le voyez, est toujours très actif malgré son éclipse partielle pour le grand public. Nous travaillons activement au projet d'implantation, le mot est adéquat, du futur jardin sur le campus de la Bouloie. Il bénéficiera de serres deux fois plus grandes que précédemment, avec une ambiance désertique et une ambiance tropicale, et surtout ouvertes intégralement au public et gratuites. Il y aura également un nouveau jardin extérieur, avec de nouvelles thématiques, dont notamment diverses reconstitutions de milieux naturels franc-comtois. Premiers coups de bêche prévus dans un an...

Contact

Service Sciences, arts et culture - SAC

Saxifrages dorées
Saxifrages dorées

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