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Photo de Renaud Scheifler, enseignant-chercheur en écotoxicologie à l'Université de Franche-Comté
Alizée Mosconi
Auteur 
Alizée MOSCONI

3 questions à Renaud Scheifler, enseignant-chercheur en écotoxicologie à l'Université de Franche-Comté

Pollution, fragmentation des habitats, introduction d’espèces exotiques envahissantes, la Franche-Comté n’est pas épargnée par les nombreuses menaces qui pèsent sur la faune et la flore partout sur la planète. Pendant que la 7e conférence de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) regroupe actuellement à Paris des scientifiques et des représentants de 132 pays pour trouver des solutions face au déclin alarmant de la biodiversité, nous avons posé 3 questions à Renaud Scheifler, enseignant-chercheur en écotoxicologie à l’Université de Franche-Comté.

1. Pourquoi la biodiversité disparaît-elle à une vitesse vertigineuse aujourd’hui ?

L’histoire de la vie sur Terre, débutée il y a 3,5 milliards d’années, a été marquée par cinq grandes extinctions massives qui ont conduit à des disparitions majeures telles que celle des dinosaures. Ce que nous vivons actuellement est qualifié de « sixième grande extinction de masse », mais contrairement aux précédentes, celle-ci n’a pas une cause géologique. On peut en effet penser que l’homme en est directement responsable. Le début de l’accélération de la disparition de la biodiversité daterait de la révolution industrielle. Nous pouvons même remonter à partir du moment où l’humanité a été capable de s’assurer de la nourriture stable en se sédentarisant et en pratiquant l’agriculture, et d’être donc moins dépendante des ressources naturelles non-maîtrisées (cueillette et chasse). Les populations humaines augmentant, on peut souvent observer une relation claire entre le nombre d’hommes à un endroit donné et la biodiversité qui y chute considérablement en parallèle. Au niveau mondial, plusieurs menaces pèsent sur la biodiversité. On observe tout d’abord des changements d’habitats : déforestation, construction d’infrastructures routières et ferroviaires, etc. Ces modifications empêchent les espèces animales ou végétales de se rencontrer et limitent alors la diffusion de gènes au sein de leurs populations. L’introduction d’espèces exotiques envahissantes (comme l'arrivée du frelon asiatique en France), la surexploitation (surpêche et braconnage), la pollution et les changements globaux, notamment climatiques, mettent également en péril la biodiversité qui aujourd’hui décline. 

2. Et qu’en est-il en Franche-Comté ?

Notre territoire franc-comtois doit également faire face à ces menaces précédemment citées. Nous sommes tout d’abord concernés par la destruction des habitats et leur fragmentation. En effet, une ligne ferroviaire à grande vitesse a été construite il y a peu dans la région, et l’on envisage encore et toujours de créer des routes qui fragmenteront à nouveau les habitats. Cela vaut pour la Bourgogne-Franche-Comté comme pour les autres régions françaises. Le territoire franc-comtois connaît également une destruction de ses zones humides ou naturelles que grignotent petit à petit l’urbanisation et l’agriculture intensive. Quant aux changements globaux, même si la Franche-Comté n’est pas aussi impactée que l’Arctique ou l’Antarctique, certaines espèces jurassiennes de moyenne montagne sont touchées par des problèmes de phénologie1, par exemple, au moment où certains oiseaux doivent avoir beaucoup de ressources alimentaires pour élever leurs jeunes, le pic d’abondance des insectes est parfois déjà passé. Il peut y avoir un décalage entre les moments où les ressources alimentaires sont les plus abondantes et les périodes de reproduction de ces espèces. Autre menace : celle de l’introduction d’espèces invasives végétales sur le sol régional, dont le Conservatoire botanique national de Franche-Comté a récemment dressé une liste, parmi laquelle figurent la renouée du Japon ou l’ambroisie à feuilles d’armoise. La région voit aussi ses eaux se peupler d’écrevisses américaines, des espèces exotiques envahissantes qui menacent aujourd’hui l’écrevisse à pattes blanches, le crustacé autochtone. Introduites en France pour la pêche, les écrevisses américaines sont plus compétitrices que l’espèce autochtone. De plus, les écrevisses américaines sont porteuses saines d’une maladie fongique, qu’elles transmettent à l’espèce autochtone, qui, elle, peut en être affectée.

3. Êtes-vous pessimiste au sujet de l’état de la biodiversité en France, et plus largement celle de l’ensemble de la planète ?

Si je reste optimiste sur les capacités de résilience de la nature, je le suis, en revanche, beaucoup moins sur le fait que nous arriverons à réguler notre démographie à l’échelle globale, et donc notre pression sur la biodiversité. Heureusement, il y a des success stories ! Cependant, elles sont souvent locales et concernent l’impact précis d’un polluant ou d’une menace particulière qui a été stoppé. L’augmentation des populations de faucons pèlerins en Franche-Comté est un bel exemple de résilience. Dans les années d’après-guerre, le DDT, un insecticide très toxique, a été introduit en France. Le produit a ravagé les populations de faucons pèlerins car il réduisait l’épaisseur des coquilles de leurs œufs qui, au final, cassaient. En Bourgogne-Franche-Comté, les populations de faucons pèlerins se sont alors effondrées au point d’être éteintes parfois localement. Dès l’interdiction du DDT dans les années 1970, le nombre de ces oiseaux est reparti à la hausse : les œufs ne cassaient plus, les jeunes faucons ont ainsi pu recoloniser des falaises et des territoires. Aujourd’hui, on observe que leur population est quasiment optimale par rapport à l’habitat disponible.

1 La phénologie est la science qui étudie l'impact qu'ont les variations climatiques sur les phénomènes périodiques de la vie de la faune et de la flore. 

Retrouvez actuellement un grand format sur la biodiversité, dans la revue En direct (n°282) de Mai-Juin 2019.

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