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Portrait de Guillaume Bertrand, hydrogéologue et enseignant-chercheur à l'Université de Franche-Comté.
Alizée Mosconi
Auteur 
Alizée MOSCONI

3 questions à Guillaume Bertrand, hydrogéologue et enseignant-chercheur à l’Université de Franche-Comté

Assecs, inondations, pollution. La Franche-Comté a vu son territoire et ses eaux se modifier sous l’impact des changements climatiques et des activités humaines. Guillaume Bertrand, hydrogéologue et enseignant-chercheur à l’Université de Franche-Comté a présenté les effets du climat sur les eaux souterraines lors d’une conférence au Petit Kuursal de Besançon, le 26 mars dernier, l’occasion de lui poser quelques questions !

1. Quelles conséquences les changements climatiques et les activités humaines ont-ils sur les eaux souterraines en Franche-Comté, et plus largement en France ?

La Franche-Comté, comme les autres régions françaises, voit son climat se modifier depuis la révolution industrielle du XIXème siècle, un changement qui se traduit par une augmentation de la température de l’ordre de 1°C depuis les années 1870. Cette hausse de la température tend à amplifier le phénomène d’évapotranspiration des sols et des végétaux, ce qui empêche une part de l’eau de s’infiltrer jusque dans les aquifères (ces couches géologiques susceptibles de contenir de l’eau). Il est également important de tenir compte de la répartition des pluies au cours de l’année : une bonne illustration reste l’année 2018, marquée par un hiver pluvieux et donc une bonne recharge des aquifères, mais suivis d’un été et d’un automne en déficit pluviométrique entraînant, eux, un asséchement des aquifères et de leurs émergences (sources, cours d’eau, etc.). Cette année-là, la commune d’Ornans, dans le département du Doubs, a connu des inondations en février. Un assec du Doubs (dans sa partie en amont) s’est quant à lui produit, l’automne dernier. Si ces événements « extrêmes » restent de parfaits phénomènes naturels à grande échelle de temps, leur fréquence, elle, semble augmenter et pourrait se renforcer à l’avenir.

L’eau souterraine en France, a fortiori celle utilisée pour l’alimentation en eau potable, reste de bonne qualité. Elle est en effet contrôlée de façon très stricte. Cependant, l’impact des activités humaines pose de plus en plus problème : les activités agricoles utilisant des engrais (notamment azotés) et des produits phytosanitaires causent des contaminations qui peuvent altérer la qualité des eaux souterraines sur le long terme et rendre leur utilisation compliquée. Lorsqu’il est combiné à l’augmentation de la température, cet apport de nutriments dans les milieux aquatiques peut impacter plus fortement la santé écologique de ces derniers, comme lors des phénomènes d’eutrophisation des lacs - à savoir, lorsque ces milieux se trouvent excessivement recouverts d’algues et d’autres végétaux aquatiques qui y prolifèrent (N.D.L.R.) -. Par ailleurs, la communauté scientifique s’intéresse de plus en plus aux contaminations dites « émergentes » issues des eaux usées qui peuvent contenir des produits pharmaceutiques ou leurs résidus.

2. Quel impact ces changements ont-ils sur la faune et la flore ?

La pénurie d’eau à certains moments de l’année, principalement en été, reste un véritable risque pour la végétation. Une étude en milieu alpin a cependant montré que les arbres alluviaux1 semblent présenter une très bonne capacité d’adaptation aux variabilités hydrologiques et météorologiques : en effet, ils adopteraient de véritables stratégies opportunistes pour utiliser la ressource. Certains arbres passent d’une alimentation via l’eau souterraine quand celle-ci est abondante, à l’eau du sol quand la première est plus difficilement accessible. D’autres arbres semblent se partager les ressources : l’un sollicite davantage les eaux souterraines, tandis que son voisin se contente de l’eau du sol si elle n’est pas limitante pour lui. Ce type de partage semble être plus fortement marqué dans les zones où la ressource est plus abondante, souvent près d’un cours d’eau. Les modifications des eaux souterraines peuvent aussi impacter de manière importante la faune directement dépendante de celles-ci, notamment pour des raisons thermiques. En effet, l’apport en eau souterraine est alors un gage de la stabilité de la température dans l’habitat de cette faune. Le niphargus, un crustacé vivant dans les eaux souterraines, a par exemple besoin de cette stabilité de température.

3. Au quotidien, quelles solutions pouvons-nous mettre en place pour protéger l’eau souterraine ?

En France, chaque personne consomme en moyenne 150 litres d’eau par jour. Cette ressource est précieuse et structure un grand nombre de nos activités. Selon moi, les industries et l’agriculture ont une véritable obligation à la gérer durablement, tant du point de vue de leur usage (volumes utilisés) que de l’impact qu’ils peuvent avoir sur celle-ci. Une première question à résoudre reste de déterminer si le besoin en eau doit forcément se traduire par une utilisation de l’eau souterraine. En effet, pour certaines activités ou usages, l’utilisation de l’eau de pluie, récoltée et stockée dans une infrastructure ou chez soi, peut être une solution. Autre question à se poser : l’irrigation et l’arrosage sont-ils toujours cohérents à certaines heures de la journée quand la température implique un fort taux d’évaporation ? Par ailleurs, l’entretien des réseaux d’assainissement est un véritable enjeu : des canalisations dégradées peuvent entraîner la fuite d’une eau contaminée en direction des aquifères sous-jacentes.

Une forêt alluviale se caractérise par sa situation proche d'un cours d'eau.

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