Didier Bompangue
Ludovic Godard - UFC
Auteur 
Delphine Gosset

Une approche de l'épidémiologie qui s’exporte en Afrique

Une formation créée cette année en République démocratique du Congo combine écologie et épidémiologie sur le modèle d’un master de l’UFC. Elle intéresse de plus en plus les professionnels de la santé et de la gestion des risques pour les pespectives qu'elle offre en termes de santé des populations et des écosystèmes.

Le master Écologie des maladies infectieuses, aléas naturels et gestion des risques (ECOM-ALGER), qui a ouvert en octobre 2014 à la faculté de médecine de l’université de Kinshasa, est construit sur le modèle du master Ecosystèmes, contaminants, santé (ECOS) de l’université de Franche-Comté. À l’origine de cette réplique, Didier Bompangue, médecin passé par le laboratoire Chrono-environnement pour sa thèse, et resté depuis chercheur associé. Il a étudié les épidémies de choléra en République démocratique du Congo (RDC) en appliquant des concepts et méthodes issus de l’écologie à l’analyse de la dynamique des maladies1. « On a longtemps cru que la propagation du choléra était chaotique alors qu’elle répond à une logique spatiale, temporelle et populationnelle. Cette approche éco-épidémiologique permet de déterminer dans quelles zones et à quels moments il faut agir, ce qui est particulièrement utile quand on n’a pas beaucoup de moyens », explique-t-il. Les résultats de ses recherches ont permis de faire naître un nouveau plan de lutte contre le choléra en RDC. Celui-ci s’est avéré efficace et inspire actuellement d’autres pays, dont Haïti.

Didier Bompangue est aussi conseiller technique sur la question des épidémies et des catastrophes auprès du ministère de la Santé. Il monte actuellement à Kinshasa une unité de recherche sur les maladies infectieuses où il va continuer à développer cette approche. L’objectif du master qu’il a mis en place à l’université de Kinshasa est de former des professionnels déjà en exercice à cette façon originale de concevoir l’épidémiologie des maladies infectieuses.

Un master qui n'a pas d’équivalent en Afrique

Parmi les étudiants inscrits dans le master ECOM-ALGER, beaucoup travaillent au ministère de la Santé, avec des fonctions liées au contrôle des maladies. « Ils viennent avec une problématique à laquelle ils ont déjà réfléchi, explique Didier Bompangue. La formation leur apporte les outils et les concepts nécessaires pour appréhender le problème et rechercher des solutions applicables sur le terrain. » Qu’il s’agisse du choléra, de la lèpre ou de la peste, qui sont loin d’être éradiquées, de la trypanosomiase humaine africaine (ou maladie du sommeil), du tristement célèbre virus Ebola, ou même d’accidentologie sur la voie publique, les enjeux sur le plan de la santé publique sont toujours importants. « Pour autant, le master ECOM-ALGER n’est pas une formation en santé publique, insiste le chercheur. Il s’agit d’un master scientifique qui permet de comprendre les mécanismes d'émergence, de propagation et de persistance des maladies infectieuses ou d'autres phénomènes morbides. Il n’a d’ailleurs, à ma connaissance, pas d’équivalent en Afrique. » 

Après plusieurs années de démarches auprès de l’ambassade de France, Didier Bompangue a obtenu de cette dernière qu’elle s’associe à la convention de coopération établie entre l’université de Kinshasa et l’université de Franche-Comté. Ces accords signés le 23 mars par le recteur Jean Berchmans Labana Lasay’Abar et le conseiller de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France, Philippe Larrieu, vont permettre de développer la mobilité des étudiants et des enseignants en facilitant, par exemple, l’obtention de visas. Une reconnaissance importante, selon Didier Bompangue, qui ne souhaite pas s’arrêter en si bon chemin et recherche activement des financements pour pérenniser et développer son master. « Protéger la planète, c'est aussi former des personnes qualifiées au coeur des zones d'émergence des problèmes de santé qui deviennent vite des défis planétaires, à l'exemple de l'épidémie toujours en cours d'Ebola. »

  1. Cette approche a initialement été développée au laboratoire Chrono-environnement pour l’étude de l’échinococcose alvéolaire.

Contact

Didier Bompangue
didier.bompangue@gmail.com

Université de Kinshasa
http://unikin.sciences.free.fr

Laboratoire Chrono-environnement

Un groupe de personnes incluant les étudiants du master.

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