Emmanuel Haffen, psychiatre
Ludovic Godard - UFC
Auteur 
Catherine Tondu

Le courant continu basse intensité, traitement de la dépression

Alternatives aux médicaments dans le traitement de la dépression, les techniques de stimulation transcrânienne représentent également un espoir pour soulager la fibromyalgie, pallier certaines défaillances cognitives à la suite d’un AVC ou combattre les processus d’addiction. La stimulation transcrânienne à courant direct (tDCS), est une piste des plus prometteuses en neurosciences…

Pour 30 % des personnes soignées pour dépression, les traitements ont des effets limités, voire nuls. Ce taux de résistance élevé encourage à reconsidérer sous un nouveau jour les techniques non médicamenteuses, dont l’exploitation avait été mise en sommeil avec l’avènement des psychotropes. Ainsi la tDCS, la stimulation transcrânienne à courant direct, connue depuis la fin des années 1960, fait-elle l’objet de nouvelles recherches depuis 2005. Le laboratoire de neurosciences intégratives et cliniques de l’université de Franche-Comté est l’un des seuls en France à élaborer des protocoles utilisant cette technique.

La tDCS consiste à envoyer au cerveau un courant de très faible intensité pour modifier de manière sensible l’activité des neurones et leur communication. « L’idée est de redonner leur rôle aux cellules qui ont subi un dérèglement », explique le psychiatre Emmanuel Haffen. D’une simplicité apparente déconcertante, l’appareillage se compose de deux électrodes : une anode, excitatrice, et une cathode, inhibitrice, sont placées sur le crâne du patient pour moduler l’activité neuronale. Non invasive, réalisée sans anesthésie, bien tolérée et relativement peu coûteuse, la technique est surtout très prometteuse. Elle concerne la gestion de l’impulsivité, du ralentissement psychomoteur et des troubles de l’humeur caractéristiques de la dépression, ainsi que des symptômes connexes comme les problèmes de mémoire. « Un test de résignation est actuellement mené sur des souris, raconte Emmanuel Haffen. Enfermées dans un récipient dont elles ne peuvent sortir, elles renoncent au bout d’un certain temps à chercher une issue et, résignées, s’arrêtent. La stimulation à basse intensité restaure leur capacité à sortir de l’apathie et à mobiliser à nouveau leur énergie. »

Quant aux études cliniques, elles permettent non seulement d’observer et de mesurer les effets de la tDCS, mais aussi de mieux comprendre ses mécanismes d’action sur les cellules. Proche de sa conclusion, un protocole est actuellement mené auprès de vingt-quatre patients, en préalable à une étude de plus grande envergure qui en comptera cent vingt et devrait conforter, dès la fin de cette année, les résultats de la première expérience.

Dans tous les cas, souris ou êtres humains, le protocole est rigoureusement identique : une stimulation électrique en continu de deux milliampères, d’une durée de trente minutes, deux fois par jour pendant cinq jours. La zone stimulée est le cortex préfrontal, siège d’un grand nombre de fonctions comme la gestion des émotions ou la prise de décisions. Des analyses biologiques sont prévues en parallèle pour vérifier que les effets antidépresseurs sont bien imputables à la stimulation électrique.

Article paru dans le numéro 253 du journal en direct de mai-juin 2014.

Contact

Emmanuel Haffen
emmanuel.haffen@univ-fcomte.fr

Laboratoire de neurosciences intégratives et cliniques
http://neurosciences.univ-fcomte.fr

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