Portrait d'Antoine Tournier et de Charlie Louis devant un ordinateur
Ludovic Godard - UFC
Auteur 
Delphine Gosset

Futurs ingénieurs et apprentis chercheurs

A l’ISIFC, les étudiants peuvent pratiquer la recherche pendant deux semestres. Charlie Louis et Antoine Tournier ont choisi de s’attaquer à un sujet gynécologique délicat à travers un travail de modélisation biomécanique.

Charlie Louis et Antoine Tournier sont deux étudiants issus des sciences du vivant. Charlie a même débuté des études de médecine avant de se tourner vers la biologie. Tous deux ont découvert l’ISIFC1 dans le cadre d’ateliers consacrés au projet professionnel2 et décidé de postuler. C’est ainsi qu’ils ont entamé un cursus de trois ans pour devenir ingénieurs du secteur biomédical. Alors que celui-ci s’achève, ils sont loin de regretter leur choix. « Même si ça a été un peu difficile au début dans certaines matières comme l’électronique ou la mécanique, ça valait le coup de s’accrocher ! » constate Charlie.

Les étudiants de l’ISIFC participent à un certain nombre de projets de longue durée au cours de leur formation. En deuxième et troisième année, ils ont notamment le choix entre occuper un poste dans une entreprise universitaire (Biotika) ou intégrer la cellule recherche et développement (R&D). Antoine Tournier et Charlie Louis ont préféré cette option, « parce que c’est gratifiant d’avoir un projet à soi que l’on porte jusqu’au bout », expliquent-ils. Si la plupart de ceux qui font ce choix travaillent individuellement, ces deux-là ont souhaité fonctionner en binôme. « On avait déjà fait équipe ensemble, on est complémentaires », précise Antoine.

Une collaboration avec l'hôpital

Ils se sont penchés sur la question du prolapsus. Cette pathologie, plus connue sous le nom de descente d’organes, est due à un affaiblissement des muscles et ligaments qui soutiennent l’utérus. Si elle touche, à des degrés variables, de nombreuses femmes à partir de la ménopause, avec un réel impact sur leur qualité de vie, elle fait cependant l’objet de peu de travaux de recherche. Pour combler cette lacune, les deux étudiants ont souhaité apporter leur contribution en s'y intéressant d’un point de vue biomécanique.

Ce sont eux qui ont choisi de travailler sur ce sujet, qui faisait déjà l’objet de leur stage hospitalier obligatoire en deuxième année. Accueillis par le docteur Rajeev Ramanah au sein du service de gynécologie-obstétrique du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Besançon, ils avaient assisté à différentes opérations de chirurgie gynécologique, dont des cures de prolapsus, participé à des dissections au laboratoire d’anatomie et suivi, en compagnie de médecins, les enseignements d’un diplôme d’université (DU) spécialisé sur la statique pelvienne. Cela leur avait permis de bien appréhender l’anatomie de l’utérus et de ses ligaments suspenseurs afin de réaliser diverses mesures. « A l’issue de notre stage, on avait trouvé beaucoup de choses intéressantes et on a pensé que cela méritait un travail approfondi », explique Antoine Tournier.

Jugeant les techniques de mesure utilisées au cours de leur stage trop subjectives, ils ont voulu mettre à profit leurs deux semestres de R&D pour élaborer une méthode de mesure fiable et reproductible. Ils ont également cherché à repérer des points de faiblesse ligamentaire permettant d’expliquer l’apparition du prolapsus.

Modélisation 3D

A partir d’images IRM3 de 19 patientes souffrant de cette pathologie et de 19 patientes n’en ayant pas les symptômes, ils ont réalisé un travail de modélisation informatique en trois dimensions de l’utérus et de ses deux paires de ligaments cardinaux et utéro-sacrés. Ils ont mis au point une méthode mathématique pour obtenir une approximation fiable du trajet ligamentaire et réalisé des mesures d’angle, de longueur et de courbure. « Nos deux tuteurs, le docteur Rajeev Ramanah et le chercheur Jérome Chambert4, nous ont été d’une grande aide : d’une part parce qu’interpréter des images IRM n’était pas du tout évident, d’autre part pour l’utilisation des logiciels et le choix de la méthode mathématique », raconte Charlie. Le résultat de leurs recherches montre que les ligaments des patientes atteintes de prolapsus sont plus longs et davantage courbés. Ils sont même déchirés ou absents chez certaines d’entre-elles.

Le travail de modélisation réalisé par ces deux étudiants pourrait permettre de faire de la prévention, en repérant les configurations anatomiques à risques, d’améliorer les techniques de réparation chirurgicale, ou encore de développer des prothèses de ligaments plus efficaces que celles qui existent actuellement. De quoi intéresser la communauté scientifique. C’est la raison pour laquelle Charlie et Antoine ont choisi, plutôt que de rendre un rapport de projet classique, de le rédiger sous la forme d’un article scientifique qu’ils tentent de faire publier. En attendant de savoir si celui-ci va être accepté par la revue médicale à laquelle ils l’ont soumis, ils terminent leurs stages de fin d’études respectifs. Charlie Louis travaille dans une entreprise qui fabrique du matériel médical en ophtalmologie. Antoine Tournier est en Malaisie, dans une société qui développe des dispositifs de télémédecine pour la dermatologie. Ni l’un ni l’autre n’est inquiet pour son avenir professionnel. « Quand on sort de l’ISIFC, on a un profil recherché », assurent-ils.

  1. Institut supérieur d’ingénieurs de Franche-Comté
  2. Pendant les ateliers projet professionnel, les étudiants doivent s’intéresser à un métier et se documenter sur le sujet.
  3. Imagerie par résonnance magnétique nucléaire. C’est une technique d’imagerie médicale.
  4. Jérome Chambert est chercheur au département de mécanique appliquée de l’institut FEMTO-ST.

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ISIFC - Institut supérieur d'ingénieurs de Franche-Comté

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