Vue aérienne de la Ville de Besançon
Ville de Besançon
Auteur 
Catherine Tondu

Besançon, clonée sur modèle numérique

Spécialiste du déplacement au quotidien et de la mobilité résidentielle depuis plusieurs années, le laboratoire ThéMA développe depuis 2007 un modèle numérique intégrant une population dite synthétique, élaborée pour l’ensemble d’une ville à partir des données de quartiers fournies par l’INSEE.

Jean-Philippe Antoni et son équipe de géographes, secondés par des informaticiens et aidés par la puissance de feu des ordinateurs du Mésocentre de calcul de Franche-Comté, ont ainsi fait naître une population bis de la ville de Besançon dans un logiciel où chacun de ses 180 000 « agents », aux caractéristiques et aux comportements proches de ceux de leurs alter ego humains, naissent, se rencontrent, fondent une famille, travaillent, prennent le bus, partent en vacances…

Près de trois ans ont été nécessaires pour bâtir cette ville et donner une dimension comportementale à l’ensemble de ses habitants, élaborer leurs trajets, déterminer les flux en fonction des moyens de transport utilisés, enfin donner des clés de gestion de la mobilité urbaine.

Un jeu grandeur nature que ne sont capables de concocter qu’une vingtaine de laboratoires dans le monde. Et un logiciel très abouti qui permet de construire des scénarios à l’infini : quelles répercussions sur la mobilité quotidienne si on supprime l’accès à telle route ? Si une ligne supplémentaire de bus est créée ? Si le prix du carburant augmente ? Certaines simulations apportent des résultats inattendus. Comme ce scénario élaboré avec les chercheurs du laboratoire Chrono-environnement sur le bruit, imaginant minimiser cette nuisance urbaine en étalant les horaires de départ au travail sur une matinée plutôt que les laisser se concentrer de 7 heures à 9 heures comme en réalité. Finalement, la permanence du bruit de fond généré à la place du pic de bruit est estimée plus préjudiciable encore par les médecins. Ou encore cette étude sur le télétravail, révélant que pour certaines personnes, le gain de trajet obtenu est largement et négativement compensé par le fait d’avoir à dissocier ses habitudes de son parcours quotidien. Prendre une baguette de pain à la boulangerie ou ses enfants à l’école suppose des trajets effectués tout exprès qui, additionnés, finissent par être plus longs que le trajet domicile-travail dans lequel ces étapes étaient programmées. « L’intérêt de la simulation est de montrer la complexité de la réalité, de la considérer de manière entière. »

« Créer une ville plus vertueuse » reste le credo du modèle bisontin, qui se peaufine et sera déclinable à d’autres agglomérations, même hors de l’Hexagone. Des contrats sont d’ores et déjà signés avec des villes comme Rio de Janeiro ou Alger pour mettre en application ses enseignements.

Article paru dans le journal en direct numéro 259 de juillet-août 2015.

Contact

Jean-Philippe Antoni
03 81 66 55 11
jean-philippe.antoni@univ-fcomte.fr

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